monuments historiques

Montréal et l’Art du monument

Les quartiers de Montréal offrent une quantité étonnante de monuments et œuvres d’art publique. À travers ces monuments et œuvres, c’est l’histoire de la ville, son développement, ses racines ainsi que son image qui est reflétée. Plusieurs de ces œuvres sont mal connues et leurs histoires délaissées. Les artistes créateurs de ces monuments se retrouvent ainsi dans l’oubli.

Les premiers monuments furent réalisés par un mode de financement de souscription. En effet, des groupes bénévoles recueillaient les fonds nécessaires directement à la population. Souvent ces campagnes de financement dites populaires duraient plusieurs années avant la réalisation des œuvres. On choisissait les artistes et artisans par voie de concours. Un jury regardait et analysait des maquettes que les artistes devaient soumettre. A la fin de XIXe siècle, il y a encore très peu de monde à Montréal et on y retrouvait donc peu de monuments. Par contre, entre 1893 et 1900, huit monuments d’importances sont érigés grâce aux souscriptions populaires. Ces monuments se veulent commémoratifs d’événements en majorité militaires ou religieux.

Ce n’est que vers le milieu du XXe siècle que l’art contemporain prend place. C’est avec la publication du manifeste du « Refus global » en 1948 qu’un changement important de l’art monumental se fait ressentir. Montréal connaît un essor remarquable d’art public contemporain dans les années 60.

La colonne Nelson

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Colonne Nelson : Photo collection Musée McCord

 

La colonne Nelson est l’un des plus anciens monuments historiques du Québec. Implantée en 1809, elle se trouve à l’époque en plein cœur de la ville de Montréal près du Marché Neuf et du siège du gouvernement de l’époque, aujourd’hui Place-Jacques-Cartier. Cette dernière fut érigée même avant la fameuse colonne de Nelson de la Place Trafalgar de Londres (1840). La raison : les colons britanniques tentent de renforcer leur présence en Nouvelle-France.

C’est le style « Trajane » de l’Antique qui a inspiré la colonne Nelson. Dans son ensemble, elle mesure 19 mètres et la statue représente l’amiral debout. Il est vêtu de son uniforme, tenant dans la main gauche sa longue-vue. Le socle est décoré de bas-reliefs illustrant les batailles de Nelson. Sa corniche est surmontée d’un crocodile symbolisant la célèbre bataille du Nil. Le fût quant à lui est plein et a un diamètre de 1,5 mètres. Malheureusement, sa conception et les matériaux utilisés résistent mal au climat montréalais. À la suite des dégradations, on a restauré plusieurs fois le monument et les éléments actuels sont des copies. On a remplacé les ornements en 1900 et la statue en 1999.

 

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​Colonne Nelson : Photo Pierre Marc DesJardins

 

En 1930, une statue de Jean Vauquelin, officier de la marine française et commandant de l’Atalante, est érigée sur la place du même nom juste en vis-à-vis, Vauquelin défi du regard Nelson. Héros d’une dernière victoire française, le monument est aussi l’expression d’une réaction française face à un symbole de la domination britannique.

 

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​Vauquelin : Photo Ville de Montréal

Mes trois coups de cœur

L’homme d’Alexandre Calder – 1967

Inspiré et érigé pour l’Exposition Universelle de Montréal de 1967 (Terre des Hommes), L’homme d’une hauteur de 21.3 mètres a un poids de 40 tonnes. L’homme est composé d’acier inoxydable. On peut trouver cette sculpture monumentale à l’île Sainte-Hélène au parc Jean-Drapeau.

Calder est un peintre-sculpteur américain et l’un des plus importants artistes du XXe siècle. Dans les années 1930, il invente de curieuses sculptures abstraites en métal. Marcel Duchamp les baptise les « Mobiles » parce qu’elles peuvent bouger au gré du vent ou un moteur peut les animer. Calder est également l’inventeur de sculptures fixes en métal, toujours abstraites et parfois gigantesques, les Stabiles. Montréal, avec l’homme possède le deuxième plus grand stabile de l’artiste. C’est l’entreprise métallurgique Biémont de Tours qui a fabriqué cette gigantesque sculpture en France. Cette entreprise réalise toutes les sculptures en métal de Calder. Malheureusement, on a dû peindre le monument car l’eau de mer attaque le métal lors de son transport de bateau de la France vers Montréal.

Une version plus petite à l’échelle de 1/6 se trouve présentement du côté nord de la rue Sherbrooke Ouest face au Musée des Beaux-Arts de Montréal. Ce « petit homme » de Calder se trouve parmi plusieurs œuvres publiques dans le cadre de La Balade pour la Paix et pour le 375e de la ville.

 

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​L’Homme de Calder : Photos et montage Pierre Marc DesJardins

 

La Foule Illuminée de Raymond Mason – 1986

1981 Avenue McGill College

Cette œuvre de l’artiste franco-britannique Raymond Mason (1922-2010) est fabriquée en résine de polyester et polychromée dans le but de suggérer un éclairage de face, et donner du relief à la statue grâce aux jeux d’ombres.

Nous y retrouvons une foule amassée avec les regards dirigés vers un point à l’horizon. Les personnages sont illuminés par quelque chose de grandiose. Les 65 personnages de cette gigantesque œuvre sont de tous âges, races, statuts sociaux et évoquent la fragilité de l’espèce humaine.

Lorsque la lumière frappe le premier rang, cette dernière diminue à mesure que l’on s’éloigne vers l’arrière de l’œuvre ou l’obscurantisme reprend sa place. Chaque personnage évoque un sentiment différent des 6 émotions fondamentales identifiées par Ekman, soit la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise et le dégoût. L’artiste nous partage que malgré tout le savoir de l’homme, celui-ci ne semble jamais loin d’un retour vers ses penchants les plus ancestraux, tout en cherchant toujours à atteindre la Lumière.

 

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​Foule Illuminée : Photos et montage Pierre Marc DesJardins

 

Le caniche français et le carlin anglais de Marc-André J. Fortier – 2013

500 Places D’Armes, Vieux Montréal

Né à Montréal en 1961, Fortier nous offre un diptyque satirique questionnant les acteurs que nous sommes face à l’incertitude de la société contemporaine. Ces deux bronzes d’une technique, coulés à la cire perdue, symbolisent également la relation tendue qui peut exister entre les francophones et les anglophones à Montréal, pour des raisons souvent absurdes.

Les deux personnages sont habillés de leurs meilleurs tailleurs et cachés derrière des masques. L’homme porte son carlin anglais et une femme son caniche français. Le regard des deux personnages s’évite, seuls les deux chiens dans leurs bras se fixent du regard et semblent vouloir faire connaissance.

Madame lève le nez vers la Banque de Montréal, ancien pouvoir du régime anglais de Montréal. Monsieur lève le sien vers la Basilique Notre-Dame, représentant le pouvoir religieux et francophone de Montréal.  

 

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​Dogue anglais et caniche français : Photos et montage Pierre Marc DesJardins

 

Politique d’intégration des arts à l’architecture, le 1 %

Cette politique est souvent mal interprétée ou simplement pas connue. Cette politique s’applique lorsque le gouvernement du Québec verse une subvention pour un projet d’immobilisation.

Par cette mesure unique le Ministère de la Culture et des Communications sollicite des artistes professionnels pour qu’ils créent des œuvres dans des lieux ouverts au public. C’est en 1961 que le Québec adopte une mesure gouvernementale qui consiste à allouer environ 1 % du budget de construction d’un bâtiment, ou d’aménagement d’un site public à la réalisation d’œuvres d’art précisément conçues pour ceux-ci. Ces œuvres s’harmonisent à l’architecture, aux espaces intérieurs ou extérieurs. Cette politique a permis la réalisation d’environ 3700 œuvres dans des lieux publics du Québec.

Ces œuvres (sculptures, installations, peintures, estampes, photographies, arts numériques, etc.) témoignent de la diversité d’expressions des artistes québécois et constituent une part importante de notre patrimoine artistique. Pour chaque projet qui y est assujetti, un comité est formé et se réunit à trois reprises afin de premièrement définir le programme d’intégration des arts tels sa nature et l’emplacement de l’œuvre. Les artistes sont alors invités à présenter une maquette de leurs œuvres. Ensuite, le comité choisit la proposition qui sera analysée en vertu des critères du programme d’intégration des arts.

 

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​Female landscape, Gerald Gladstone, 1972 (Place Ville-Marie) : Photo Pierre Marc DesJardins​

En conclusion

Il nous appartient aujourd’hui comme société de partager la mémoire de ces artistes et artisans de techniques souvent oubliés.

Nous pouvons retrouver des informations sur les monuments de Montréal via le site web de la ville et aussi par l’entremise d’Héritage Montréal. Depuis 1975, elle a pour mission de promouvoir et de protéger le patrimoine architectural, historique, naturel et enfin culturel du Grand Montréal.  Avec un vaste réseau de partenaires, il s’agit d’un organisme privé sans but lucratif qui agit par l’éducation et la représentation pour faire connaître, mettre en valeur et préserver l’identité et les spécificités de Montréal.

Vous trouverez beaucoup d’informations sur la page web avec le lien suivant : http://www.heritagemontreal.org.

 

Je vous souhaite de belles découvertes.

Pierre Marc DesJardins

 

Sources :

Archives Ville de Montréal.

Héritage Montréal.

Archives de la Bibliothèque Nationale

Toutmontreal.com

Ministre de la Culture et des Communications

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