Ma plus belle Saint-Sylvestre

Il était une fois, une belle histoire qui débute un 31 décembre.

Je reçois un appel de Sylvie, intervenante au sein d’un organisme de la région. Les jeudis, je suis bénévole à cet endroit. Elle avait déjà fait une vingtaine d’appels avant de me téléphoner et sa demande est celle-ci :

« Madeleine, seriez-vous disponible pour transporter de Saint-Jérôme vers Montréal un jeune couple, Simon et Patricia, avec une livraison de lait maternel pour leur nouveau-né Ludovik à l’Hôpital Général pour enfants?

Ma réponse fut spontanée : « Oui! Avec grand plaisir ! »

La travailleuse sociale avait reçu une confirmation du Delta; un hôtel du centre-ville qui offrait deux nuitées aux parents afin qu’ils puissent séjourner auprès de leur mini-bébé. L’enfant ne pesait qu’une livre et demi.

Dans ma voiture nous étions trois adultes en route vers la grande ville, afin d’offrir à Ludovik le plus beau cadeau qu’un enfant puisse recevoir de sa maman.

Je garde en mémoire le doux souvenir de Simon, déposant la précieuse et lourde glacière remplie de nourriture pour la durée du séjour des parents à Montréal ainsi qu’une grosse quantité de lait pour Ludovik.

Puis, en revenant seule sur l’autoroute vers les Laurentides, en ce début de soirée festive, je me suis retrouvée dans un « état de grâce » que je n’oublierai jamais. Je revoyais les visages des parents, Simon et Patricia, et la photo du bébé gravés sur mon cœur pour l’éternité, avec la certitude d’avoir été présente, encore une fois, pour une jeune famille, au bon moment.

Nous ne sommes pas toujours conscients de la portée de nos gestes. Cette rencontre avec de très jeunes parents inquiets, courageux, confiants et aimants m’a permis de terminer l’année 2009 à la hauteur de mes désirs les plus nobles, sous le signe de la maternité. De toute ma vie, je n’ai qu’un seul regret : celui de ne pas avoir eu d’enfants.

Le bénévolat est une belle expérience, la mienne a débuté après le décès de mon frère Michel en 2008. Comme ce deuil a été difficile à assumer, j’ai voulu faire œuvre utile.

C’est en mars 2009 que j’ai commencé à faire du bénévolat après avoir pris connaissance du message d’une jeune maman dans Le Journal de Montréal. Ses deux enfants étaient décédés tragiquement et le matin des funérailles, elle invitait les personnes à poser un geste. Une phrase de son texte a touché mon cœur : « Mes enfants méritent plus que des fleurs ».

Elle suggérait d’offrir de notre temps à un organisme de notre choix ou de faire du bien autour de nous. Cette phrase a changé ma vie de veuve sans enfants. Tout au fond de mon cœur vieillissant, j’éprouve de la gratitude pour cette maman qui a envoyé ce message alors qu’elle vivait la plus grande peine de sa vie. Merci, c’est ce que j’aimerais lui exprimer, si l’occasion se présente. Ce qui devrait arriver, sous peu, je le sens.

Quelques semaines plus tard, dans un journal local, une toute petite parution a attiré mon attention : un organisme avait besoin de bénévoles pour un groupe d’enfants âgés de deux à cinq ans, et c’est là que j’ai débuté ma carrière de « Nonna », terme qui signifie grand-maman en italien.

Quelques années plus tard, dans un magasin du centre-ville de Saint-Jérôme, j’observe une maman avec une petite fille assise dans le chariot et un garçon costaud debout sur ses deux jambes. J’ai peine à le reconnaître mais je ressens que c’est lui, mon mini-bébé du 31 décembre 2009. Oui, c’était Ludovik devenu un grand garçon, beau comme un cœur.

Aujourd’hui, nous nous dirigeons vers la fin d’une année particulièrement éprouvante, c’est avec les larmes aux yeux que je vous raconte cette belle histoire d’amour. En revisitant mes souvenirs, je revois les visages de papa Simon, de maman Patricia et de bébé Ludovik. À chaque 31 décembre, cette image revient m’habiter.

Que ce 31 décembre 2019, vous donne l’occasion de changer la vie de quelqu’un ou la vôtre par un geste, une parole, un regard ou simplement un merci bien sincère, exprimé les yeux dans les yeux. Que cette nouvelle année 2020 conserve et protège votre cœur d’enfant, afin de le garder bien au chaud, pour longtemps. C’est tellement important.

Notre humanité a besoin d’hommes et de femmes au cœur d’enfant joyeux et généreux. Il y a trop de cœurs adultes tristes et usés. La recette de la guérison est à l’intérieur de vous. Approchez-vous d’un enfant ou, à défaut, d’une peluche, pour votre plus grand bien. Il m’arrive de coucher avec mon ourson Lucas, et je suis maintenant âgée de 72 ans.

Merci aux gens de mon entourage, la majorité sont des enfants et ils sont mes maîtres. Je vous souhaite un cœur d’enfant joyeux pour cette nouvelle année.

Nonna Maddalena

 

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