Les spectacles de la saison 2019-20

C’est avec fierté que nous lançons cette 24e saison avec le désormais mythique J’aime Hydro. Cette pièce documentaire de Christine Beaulieu, mise en scène par Philippe Cyr, analyse avec finesse toute la complexité de notre relation avec Hydro-Québec. Ce spectacle connaît un succès exceptionnel et fait salle comble partout à travers la province depuis la première présentation de la version intégrale à l’Usine C en avril 2017 : les représentations du 10 au 15 septembre et les supplémentaires du 19 au 21 septembre sont déjà toutes complètes.

Après Les particules élémentaires de Houellebecq présenté au Festival d’Avignon, le jeune metteur en scène français Julien Gosselin reprend pour la scène la nouvelle Le marteau et la faucille de l’auteur américain Don DeLillo : un portrait de la fragilité des hommes, de leurs désirs de liens véritables dans une société rongée par le capitalisme. Une vision saisissante du vide contemporain présentée deux soirs seulement, les 24 et 25 septembre.

L’artiste français Jean-François Spricigo joue de tous ses talents pour suspendre dans une parenthèse clair-obscur les 28 et 29 septembre, l’un de ces instants où la vie peut parfois basculer. Dans à l’infini nous rassembler, Spricigo incarne les mystères lovés dans une rencontre, avec la complicité de la célèbre Anna Mouglalis, bien connue des cinéphiles. Des images vaporeuses en noir et blanc, des mots à la fois puissants et elliptiques, deux personnes dans l’attente d’une étreinte qui, par la poésie, transpercent l’écran qui les sépare. Une présentation en collaboration avec le Festival international de la littérature (FIL).

Mellissa Larivière, conseillère artistique à la programmation nationale, propose la série BODY ELECTRIC qui réunit quatre œuvres de créatrices montréalaises. Celles-ci insufflent aux corps force et poésie et nous révèlent des mondes insoupçonnés. Les 2, 3 et 4 octobre, Soleil Launière présente Umanishish, un solo capturé en direct par six caméras où la jeune artiste pekuakamiulnuatsh va à la rencontre de l’espace sacré qu’est le territoire. Andrea Peña & Artists, présente Untitled I + III, solo et trio qui explorent la vulnérabilité et la répétition du mouvement. Les 9, 10 et 11 octobre, Anne Thériault présentera Récital, une pièce feutrée et sensuelle pour trois performeuses et thérémines. Enfin, Daina Ashbee, la réputée chorégraphe d’origine hollandaise et autochtone, descendante des peuples cri et métis, reprendra Serpentine, oeuvre d’une intensité frappante qui s’est récemment vue décerner un Bessie Award des prestigieux New York Dance and Performance Awards.

L’orchestre d’hommes-orchestres, toujours brillant et lumineux, nous sert yodel et exploit culinaire avec le réjouissant Kitchen Chicken. Du 16 au 18 octobre, L’ODHO nous entraîne dans une cuisine où la préparation d’un poulet prendra des tournants imprévus. Magnifiques et vertigineuses, les pièces du répertoire des Cackle Sisters, reines du yodel américain des années trente, se succèdent à un rythme stupéfiant, comme autant de numéros d’adresse. Les musiciens, équipés d’instruments acoustiques, électroniques ou bricolés, apprêtent la volaille, épluchent des patates et préparent des hors-d’oeuvre qui seront servis ou non en finale. Un véritable tour de force musical, sportif et culinaire.

Lauréate du Lion d’argent à la Biennale de Venise en 2017, la performeuse Dana Michel nous revient avec une nouvelle oeuvre, CUTLASS SPRING. Elle y observe les sédiments socioculturels qui la façonnent et les facettes enfouies de sa composition personnelle. À travers chacune de ses pièces, Dana Michel sonde son corps. Cette fois-ci, elle plonge au coeur de son « moi » sexuel pour en déterrer les parts reniées. Guidée par une énergie brute et une gestuelle unique, elle tente de s’extraire du conditionnement social et de se faire face dans toutes ses contradictions. Empreint d’humour, CUTLASS SPRING s’érige à la fois comme une ethnographie de la sexualité et une archéologie du désir. À voir absolument les 29 et 30 octobre et les 1er et 2 novembre.

Après le grand succès de The Great Tamer présenté en janvier dernier, Dimitris Papaioannou revient à l’Usine C avec Inside, une installation vidéo d’une durée de six heures pendant laquelle le public est libre d’aller et venir. Dans un décor minimaliste de chambre à coucher, trente interprètes se livrent à des actions quotidiennes répétées : prenant une douche, se déshabillant, déjeunant, traînant au lit, regardant le film de la ville depuis un balcon. Papaioannou, chorégraphe d’une incroyable force picturale, crée à partir de rien, se nourrissant de la futilité et du vide pour en faire un paysage mélancolique et fascinant. Une invitation au voyage intérieur du 19 au 23 novembre.

Un habitué de l’Usine C, Frédérick Gravel y vient pour une première fois secouer la scène en solo avec Fear and Greed. Pas si seul en fait, puisqu’il s’entoure de ses fidèles acolytes, une bande de musiciens aguerris sous la direction de Philipe Brault. Porté par une musique grisante, Gravel se prend lui-même à parti. Avec fougue et élégance, il déploie sa vision du monde, son désir de fracasser toutes certitudes et fait résonner son appel à la franchise la plus entière. Les 28 et 29 novembre, l’électricité s’emparera de la salle et, encore une fois, Gravel fera tout exploser.

Création autour de représentations intuitives et poétiques de phénomènes physiques, Cosmic Love est la première pièce de groupe de la chorégraphe montréalaise Clara Furey. Dans un espace scénique épuré dans lequel toute forme de communication devient possible, elle travaille le geste ritualisé et la transformation constante de l’énergie et de la matière. Les sept performeurs incarnent une chorégraphie de l’abstraction qui révèle une radiance particulière des corps, un univers participatif infusé de synchronicité, amplifié par la musique live de Tomas Furey. Deux soirs seulement les 3 et 4 décembre.

Brigitte Haentjens met en scène une pièce du célèbre auteur suédois Lars Norén, Sang, teintée de l’humour acide et de la frontalité de la langue caractéristiques de cet écrivain. Portée par Christine Beaulieu, Alice Pascual, Sébastien Ricard et Émile Schneider, cette pièce nous ébranle par la profondeur et la puissance d’une tragédie contemporaine où gronde la violence contenue. Éric et Rosa, deux militants socialistes chiliens opposés à la dictature de Pinochet, ont fui leur pays en laissant derrière eux leur fils alors âgé de sept ans. Vingt ans plus tard, Rosa est devenue une journaliste engagée très en vue, Éric un psychanalyste taciturne. Mais leur couple, jamais remis de l’abandon forcé de leur fils, est à la dérive alors même qu’Éric entretient une relation adultère avec un jeune homme qui bientôt leur révèlera sa véritable identité. Du 28 janvier au 15 février.

Dans Cuckoo, coup de cœur du FTA 2019, Jaha Koo nous raconte l’histoire récente de son pays d’origine, la Corée du Sud. En compagnie de trois cuiseurs à riz de la populaire marque Cuckoo dont deux possèdent la faculté de parler et de chanter, il fait le portrait de son pays, plongé dans une grave crise économique et comptant aujourd’hui le plus haut taux de suicide des pays développés. Juxtaposant des extraits vidéos percutants, de la K-pop politisée, et des fragments de son histoire personnelle, Jaha Koo dépeint avec éloquence, et une colère à fleur de peau, le sort d’un peuple à bout de souffle. Du 12 au 14 février.

Le Brésilien Rodrigo Portella reprend la pièce Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard du 3 au 12 mars. Acquérant une dimension terrible dans le contexte brésilien où les meurtres homophobes atteignent des sommets, Tom na Fazenda est une véritable étude de la nature humaine dans toutes ses contradictions. À la mort de son amant, Tom se rend jusqu’au fin fond de la campagne pour les funérailles. Il y découvre une mère qui ne sait rien des amours de son fils et un frère qui a choisi d’étouffer la vérité à tout prix. Recouverte de boue, la scène se fait alors champ de bataille pour les corps mâles aux prises avec des deuils, des peurs et des pulsions qu’ils ne savent pas dompter. Sensuel, violent et tragique.

Nourrie par Noir Canada d’Alain Deneault et par une résidence d’écriture en Afrique de l’Ouest, Cœur minéral est une pièce chorale écrite par l’auteur québécois Martin Bellemare qui, sous couvert d’évoquer la réalité dans un pays du Sud, est une fine critique des actions des multinationales qu’elles soient basées au Canada, en Suisse ou ailleurs. Mise en scène par le Suisse Jérôme Richer, la pièce raconte l’histoire de Boubacar, jeune cadre canadien, qui est envoyé par sa compagnie minière dans la région d’origine de ses parents en Guinée Conakry pour régler un problème avec la population. Confronté à une opposition farouche et à la violence des pratiques de ses employeurs, Boubacar va peu à peu remettre en question les fondements de sa vie. Une fresque sur les multinationales, les opérations minières et leurs conséquences humaines à voir du 17 au 19 mars.

Texte marquant du théâtre contemporain, considéré comme le chef-d’oeuvre de l’auteur britannique Martin Crimp, Atteintes à sa vie, mis en scène par Philippe Cyr, est un kaléidoscope énigmatique de dix-sept scénarios pour le théâtre, le portrait diffracté d’une absente. Figure aux identités multiples, Anne, Anny, Annie, Annushka est terroriste, artiste visuelle, star de porno ou marque de voiture européenne. Mise en jeu par le regard des autres, elle est la cible de toutes les violences. Du 24 mars au 4 avril, découvrez un langage aussi précis que mythomane qui fait apparaître une partition sans pitié, à l’image du monde qu’il dissèque.

Le créateur Philippe Boutin et l’auteur Étienne Lepage, deux esprits libres et impétueux du théâtre québécois, plongent au coeur d’une relecture pop, tragique et surréaliste du Nouveau Testament avec The Rise of the BlingBling. Dans une lignée d’actes poétiques démesurés, cette nouvelle création se manifeste comme une épopée fantastique et grandiose, adaptée à la lumière de nos mythologies contemporaines, où l’on retrouve avec bonheur l’humour caractéristique de ses créateurs. Dans un futur lointain, l’Empire exerce une oppression brutale sur sa population qui rêve secrètement de la venue d’un sauveur. Samouraïs, Cowboys, Divinités et Monstres jalonnent cette fresque audacieuse et baroque à voir du 21 au 25 avril.

Source : RuGicomm

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